Hampi on the Rocks



Site mis à jour le
06 décembre 2018
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Coupes illégales du granit

 

Le problème des coupes illégales

 

 

 

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Autrefois majoritairement boisées, ces collines et plaines ont été systématiquement vidées de leurs arbres (banians) durant le XIX° et XX° siècle.

Aujourd’hui, le classement en réserve (Benakal reserved forest) de certaines zones de la région d’Hampi n’empêche pas l’abattage continu des jeunes arbres essayant de pousser. Le bois a beaucoup de valeur sur le marché... En Inde, les postes de responsable de ‘reserved forest’ sont très convoités pour leurs capacités à générer des extras.

 L’exploitation du granit est une activité commune et ancienne dans le Sud de l’Inde. Dans les secteurs où le granit abondait, c’était le premier matériau de construction. Aujourd’hui, certains de ces granits d’une belle couleur rouge sont même exportés sur le marché international. 

 

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 Mais l’Inde est aujourd’hui confrontée à une expansion démographique et économique sans précédant. Dans ce pays, la corruption est reconnue y être à toutes les strates du système. Ainsi, de nombreuses exploitations illicites prospèrent à travers le pays...  Une fois taillé, ces blocs de granit sont revendus comme matériau de construction. Cette activité ne cesse de croître et génère beaucoup d’argent, à tous les échelons, de la police aux ministres d’état. Le déplacement et la vente de la marchandise s’effectuant en achetant tout les obstacles administratifs... En Inde, si l’on tirait sur le fil de la corruption, le système actuel s’écroulerait. Aujourd’hui, au Karnataka, les carrières illégales de granit (ainsi que celles de minerais de fer) sont sources de scandales politiques. 

Seul le périmètre historique de Hampi est désormait préservé de coupes sauvages nouvelles, à priori.

 

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Ces coupes sont généralement dispersées dans le paysage et cachées des axes routiers. Le résultat est déplorable : sans aucune autre logique que l’appât du gain facile et rapide, des tracteurs évoluent dans le terrain et changent de secteur dès l’apparition de difficultés. Les tailleurs laissent derrière eux de grandes cicatrices parsemées, indélébiles dans ce paysage unique et précieux. Du temps de Vijayanagar, l’exploitation des blocs pour la construction des temples et autres mandapas était propre ; on ne laissait pas de restes apparents.

 

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Toutes ces dégradations du terrain ne sont pas un sujet de conversation pour la population locale. Peu de personnes font le lien entre ce paysage inouï et son caractère sacré. Ces rochers, des plus vieux au monde (depuis la formation des continents) sont à l’origine même de la vénération de ce lieu saint. Hanuman y est né, les dieux y habitaient ; c’était Kishkinda, paradis sur terre mentionné dans le Ramayana et le Mahabharata. Pourtant ce n’est pas un hasard si des hommes préhistoriques avaient choisit de vivre dans ce terrain et si ce fut aussi la capitale de l’empire hindou de l’époque. Rudyard Kipling aurait puisé aussi son inspiration dans ces lieux pour écrire son Jungle’s book...

 

Aujourd’hui, tout ce terrain mériterait d’être protégé comme vestige de la terre.

Mais, c’est ce que je ressent  et non pas la grande majorité de la population locale regardant passer sur les routes ces remorques remplies de blocs de granit. En réalité, certains rares locaux comprennent le désastre et souhaiterait une meilleure protection de cet environnement ; mais personne encore ne semble savoir ni pouvoir débloquer cette situation tant cette situation est mêlée à l’urgence permanente de ce pays et aux hommes de pouvoir. ‘Kya karna’ ?

Pourtant, dans l’état voisin d’Andhra Pradesh, à Hyderabad, la ‘save the rocks society ‘ obtient des résultats  encourageants pour la protection de certains îlots rocheux dispersés autour de cette ville envahissante.

L’Inde saura t elle préserver ses merveilles ?

 

Cette photo, prise en 2008, montre une ligne d’horizon typique.

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   L’année d’après, un détail manquait dans le paysage (la 2° photo est un montage, mais réel). Sur place, une équipe de tailleurs s’affairait dans l’envers de ce décor. Dans cet exemple et pour le nouveau venu, il n’y a pas dégradation. La disparition ne se remarque pas et (presque) personne ne se souviendra de ce rocher.

 

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